Maladies liées à l’alcool

L’abus d’alcool est encore souvent associé presqu’exclusivement aux maladies du foie. Or l’alcool est impliqué dans une cinquantaine de pathologies. Il n’est guère d’organes qui ne soient pas touchés par la consommation excessive d’alcool, le cerveau et le système nerveux en premier. L’OMS a identifié la consommation d’alcool comme l’un des 10 premiers facteurs de risque dans le fardeau mondial de la maladie et une étude récente suggère que un décès sur dix en Europe est imputable à l’abus d’alcool.

L'alcool peut nuire gravement à la santé sans qu'il y ait alcoolodépendance
L’alcool peut nuire gravement à la santé sans qu’il y ait alcoolodépendance ! Les pathologies liées à l’alcool viennent souvent d’un usage à risque et usage nocif sans qu’il y ait nécessairement alcoolo-dépendance psychique et/ou physique. De même les consommations massives en une seule fois peuvent avoir des conséquences néfastes (santé, accidents, violence…)

Le syndrome d’alcoolodépendant ou “alcoolisme” est une maladie complexe à propos de laquelle la recherche médicale n’a pas encore dit son dernier mot. Elle présente en général les pathologies suivantes:

  • l’assuétude ou dépendance
    • physique (qui se manifeste par des symptômes de sevrage, une tolérance accrue à l’alcool, la perte de contrôle de la consommation et des problèmes médicaux et sociaux)
    • psychique (qui se manifeste par l’envie irrésistible de consommer, accompagnée ou non de symptômes de dépendance physique ou de symptômes psychosomatiques; p.ex. angoisses, confusion)
  • les complications psychiques dues à l’usage chronique (p.ex. dépressions, anxiété, psychoses) pouvant conduire à des actes de violence envers soi-même ou autrui
  • les maladies ou pathologies physiologiques dues directement à la consommation chronique de l’alcool.

    Une alcoolisation chronique avec une consommation excessive et régulière (quatre verres ou plus par jour) peut graduellement provoquer des lésions hépatiques, hépatites, cirrhose hépatique, de nombreux cancers (cancer de la cavité buccale, du pharynx, du larynx, de l’œsophage, du foie, du pancréas, le cancer du sein et les cancers colorectaux), des ulcères, des troubles pancréatiques, gastrites, pancréatites, le diabète, obésité, carences, déshydratation, dénutrition, dérèglements hormonaux, impuissance, lésions cérébrales, atrophies cérébrales, encéphalopathies, polynévrites, épilepsie, cardiopathies, hypertension, accident vasculaire cérébral hémorragique, mort subite…

 

Cerveau et système nerveux

Des troubles cognitifs sont fréquemment observés chez plus de 50% des consommateurs excessifs. Ces troubles affectent la mémoire, les capacités visuomotrices et perceptives, les praxies (adaptation des mouvements au but visé), l’abstraction ou les capacités d’élaboration. Ces symptômes peuvent persister après le sevrage, pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Plus grave, l’encéphalopathie de Wernicke, surtout quand elle évolue en syndrome de Korsakoff (troubles importants de la mémoire, fabulation, fausses reconnaissances), se traduit par un état confusionnel, des troubles visuels et des problèmes dans la coordination des mouvements. Le cortex frontal, une région cérébrale impliquée dans la réalisation des tâches cognitives, est particulièrement sensible aux effets de l’alcool. Il n’existe pas de mécanisme unique expliquant la neurotoxicité du produit. Toutefois, il est certain que l’éthanol, lui-même, est neurotoxique : à fortes doses, il perturbe les mécanismes de transmission de l’information nerveuse. Il peut même détruire les neurones. Mais l’alcool agit aussi de manière indirecte. Par exemple, il peut induire une carence en vitamine B1 (thiamine), responsable du syndrome de Wernicke-Korsakoff.

L’usage chronique d’alcool détruit les neurones soit directement lors de l’absorption de doses massives, soit en empêchant l’absorption digestive des vitamines B. Les neurones ayant absolument besoin de ces vitamines pour vivre, il y a mort neuronale. Cette mort neuronale se traduit par :

  • des troubles définitifs de l’équilibre, la personne reste “ébrieuse” à vie du fait de lésions situées au niveau du cervelet (ataxie) et des nerfs périphériques (polynévrite).
  • des troubles de la mémoire des faits immédiats, la personne devient définitivement incapable de mémoriser les faits récents, tout en gardant intact les faits anciens. Cela est dû à des lésions de la région hippocampique du cerveau.
  • des troubles démentiels plus généraux, liés à des atteintes moins localisées du cortex.démence

 

Maladies alcooliques du foie

Une consommation chronique d’alcool peut entraîner des perturbations hépatiques telles qu’une stéatose, caractérisée par une surcharge en lipides, une hépatite alcoolique ou une cirrhose. La malnutrition, tout comme le surpoids, semblent favoriser ces pathologies hépatiques. La plupart des cirrhoses sont diagnostiquées vers l’âge de 50 ans chez l’homme. La durée d’intoxication nécessaire pour développer une cirrhose est estimée à au moins 10 ans chez les femmes et au moins 15 ans chez les hommes, pour des doses quotidiennes plus faibles chez la femme : d’après les études, le risque de développer une cirrhose devient important (risque multiplié par 3 ou 4) à partir de 30g d’alcool par jour chez la femme et 50g d’alcool par jour chez l’homme. Après le diagnostic d’une cirrhose, 40 à 80% des patients décèdent dans les 5 ans.

 

Cancers liés à l’alcool

Les gros consommateurs présentent plus de risque de développer un cancer des voies aérodigestives supérieures (bouche, pharynx, œsophage et larynx) que ceux qui ne consomment pas ou peu d’alcool. Selon la quantité d’alcool ingérée chaque jour, le risque est entre 2 et 6 fois plus important. L’alcool et le tabac forment un redoutable cocktail aux effets particulièrement néfastes. Consommés conjointement, ils augmentent nettement le risque de survenue des cancers des voies aérodigestives. Comparés à ceux qui ne boivent pas d’alcool et ne fument pas de tabac, les consommateurs de plus de 45g d’alcool par jour ont deux fois plus de risque de développer un cancer de la cavité buccale et du pharynx. Ce risque est multiplié par 15 si, de surcroît, ils fument chaque jour plus de 40 cigarettes. De même, les personnes qui boivent et fument beaucoup ont un risque de développer un cancer de l’œsophage multiplié par 44.

Le cancer du foie peut aussi se déclarer suite à une consommation excessive d’alcool. Ce type de cancer n’apparaît que chez les patients ayant d’abord développé une cirrhose. Pour ces patients cirrhotiques, et en particulier pour ceux ayant été infectés par le virus de l’hépatite B ou C, la probabilité d’être atteints d’un cancer du foie dans les cinq années qui suivent est estimée à 15-20%.

Des études récentes ont montré que l’alcool est incriminé dans la genèse des cancers du sein et colorectaux. La consommation d’alcool est donc associée avec certitude à la survenue de 7 cancers : sein, cavité buccale, pharynx, larynx, œsophage, foie et colon-rectum. Ce risque est indépendant du type de boissons alcoolisées consommées : il est directement lié au pouvoir cancérigène de l’éthanol que celles-ci contiennent.