Alcool : Une lame à double tranchant

Depuis des millénaires les boissons alcoolisées ont leur place dans quasiment tous les pays et dans toutes les cultures: elles accompagnent fêtes, festins, cérémonies et rituels, font partie de l’art culinaire et parfois même des repas quotidiens.

S’il est indéniable que les boissons alcoolisées peuvent avoir leurs attraits et atouts, voire pour certaines des effets bénéfiques sur la santé (si elles sont consommées avec modération), il est également incontestable que l’alcool est une substance toxique, psychotrope et addictive, une drogue, licite mais potentiellement dangereuse, qui peut poser de graves problèmes d’ordre psychique, physique, social et économique, et qui est la cause de nombreux accidents et maladies mortelles.

S’il est un fait que l’alcool fait partie de nos coutumes et de notre mode de vie et qu’il peut rendre malade, dès lors il est aussi futile de vouloir le diaboliser qu’il est irresponsable d’ignorer les conséquences inévitables de sa consommation sur tous les aspects de la vie sous prétexte qu’il fait partie de notre culture et de notre économie et, en se servant d’un argument datant d’avant le 18e siècle, que ceux qui en deviennent malades seraient des “pécheurs” qui manquent de bonne volonté ou de “force de caractère”. Face à ces difficultés et maladies, il est tout aussi problématique d’étiqueter et de stigmatiser que de mythifier la figure d’un “alcoolique” par exemple ou de mystifier les solutions possibles et mesures utiles.

Les boissons alcoolisées étant fortement ancrées et solidement enracinées dans notre culture, il y aura toujours des maladies liées à leur consommation. Autant s’y préparer par l’information, la prévention, des structures d’accueil et des offres thérapeutiques professionnelles appropriées.

Le coût humain et économique des maladies de dépendance est difficilement chiffrable dans tous ses aspects, mais il n’est pas négligeable, ce qui est le moins que l’on puisse dire (à lire aussi: Quelques chiffres).

La santé physique et psychique des malades en souffre bien entendu, mais aussi les relations de couple et la vie de famille, le santé mentale et le développement des enfants, les relations sociales, la situation financière, les relations au travail, la productivité et la sécurité au travail, la sécurité civile et routière…

Il n’est pas exagéré de parler dans ce contexte de victimes de l’alcool, non seulement en parlant des malades eux-mêmes, mais aussi des victimes d’accidents de la route ou autres moyens de transport dus à l’alcool, des victimes d’accidents de travail, des victimes de violence et, au risque de nous répéter, victimes dans l’entourage privé et professionnel du malade qui subissent des dommages d’ordre physique, psychique, matériel, financier, moral.

Souvent l’abus d’alcool est exclusivement associé à l’ivresse et à l’alcoolo-dépendance. Mais l’alcool devient problématique avant l’ivresse et avant la dépendance. Les frontières entre consommation “récréationnelle” d’une part et comportement à risque, abus et dépendance d’autre part sont fluides.

Il subsiste encore l’idée fausse que la dangerosité de l’alcool se bornerait à la dépendance qu’elle peut susciter. Ainsi, certains consommateurs se rassurent en se disant, “je ne suis pas dépendant, j’arrive à ne pas boire pendant tant de jours”. L’image caricaturale de l’alcoolique-clochard ne concerne qu’un pourcentage infime de la population. Les décès liés à l’alcool sont principalement liés à des comportements dangereux avec l’alcool.

Quant à la dépendance, elle aussi a autant de visages qu’il y a de personnes touchées par la maladie. Elle ne se manifeste également que rarement sous la forme des clichés de l’alcoolique que nous avons tous en tête. Les malades passent souvent longtemps inaperçus, mais leur souffrance est bien réelle et les dégâts sont considérables derrière leurs efforts pour afficher une certaine “normalité”.

Le but de ce site est également de contribuer à ce que les personnes souffrant de maladies liées à la consommation d’alcool ne soient pas stigmatisées, et que la normalité réside dans le fait que l’alcool fait partie de notre culture et qu’inévitablement un certain nombre de personnes en deviennent malades.