Partenaires, famille, entourage

Vivre avec une personne malade d’alcool ou de médicaments est une épreuve extrêmement difficile, qu’il s’agisse du partenaire, d’un parent ou d’un enfant.

La maladie ne concerne pas seulement le malade lui-même, mais

  • elle bouleverse la vie de couple
  • elle a un impact négatif sur la vie de famille et sur les enfants
  • elle a une influence négative sur les relations de la famille avec son environnement
  • elle peut nuire au développement psycho-social des enfants
  • elle peut être la source de difficultés économiques, sociales, juridiques

Mais avant toutes choses, elle met en péril la santé même des personnes en relation avec le malade:

  • par la situation de stress chronique, les angoisses, la souffrance psychique
  • par des actes de violence physique ou psychique
  • par l’interaction de problèmes personnels propres au partenaire et des problèmes du malade
  • par le développement et le recours à des “stratégies d’aide” qui entrainent le partenaire dans le cercle vicieux de la maladie et qui peuvent être source de mal-être, de troubles psychiques et de maladies psychosomatiques chez l’enfant ou le partenaire

La réaction naturelle de la plupart d’entre nous devant les difficultés d’un partenaire, parent ou enfant est de vouloir aider et de trouver une solution aux problèmes de l’autre.

Parmi ces réactions et “stratégies” spontanément mises en œuvre, on trouve le plus souvent:

  • blâmer le malade pour sa consommation et sa conduite
  • appeler au sens de responsabilité du malade
  • appeler à la volonté du malade de limiter ou d’arrêter sa consommation abusive
  • se fier aux intentions ou promesses du malade en croyant que cela ira mieux avec le temps, par la “bonne volonté” du malade , par sa “force de caractère”, par l’amour qu’il a pour vous et sa famille
  • vouloir contrôler la consommation du malade
  • tutelliser le malade en prenant toutes décisions seul ou à sa place
  • menacer le malade (sans l’intention de le faire vraiment, p.ex. menacer de quitter le partenaire)
  • vouloir “soulager” et “ménager” le malade (p.ex. en faisant à sa place des travaux ou démarches qu’il devrait faire lui-même ou en prenant à sa place des décisions qu’il devrait prendre lui-même ou qui devraient être prises en commun)
  • dissimuler la maladie devant les autres et l’aider à la cacher devant autrui (p.ex.: en excusant son absentéisme par des malaises ou maladies auprès de l’employeur; en excusant sa consommation par des explications telles que “stress”, travail difficile, expériences difficiles, etc.)

Tous ceux qui ont connu ces situations ont dû se rendre compte que ces mesures ne servent à rien et parfois même produisent un effet contraire.

La relation de dépendance plus ou moins forte entre les personnes en jeu (partenaires, parents/enfants: dépendance économique, sociale, juridique, émotionnelle) fait que chacun dans la relation fait du problème de l’autre le sien et cherche pour ce problème une réponse. Les partenaires deviennent ainsi pris dans le cercle vicieux de la maladie; on parle aussi de “co-dépendance”.

Que faire ?

Essayez de vous poser les questions suivantes:

Question Oui/Non
Est-ce que les efforts entrepris jusqu’ici pour aider l’autre ont porté des fruits? Oui/Non
Est-ce que je peux résoudre les problèmes de mon/ma partenaire à sa place? Oui/Non
Est-ce que je peux guérir la maladie de mon/ma partenaire ? Oui/Non
Est-ce que toute mon énergie se concentre sur la maladie de mon/ma partenaire et sur les problèmes causés par celle-ci ? Oui/Non
Est-ce que je me demande comment je vais, quels sont mes besoins? Oui/Non
Est-ce que je vais plus mal depuis que sont apparus les problèmes de dépendance de mon/ma partenaire ? Oui/Non
Suis-je devenu(e) malade moi-même durant ce temps (concerne toutes maladies)? Oui/Non
Est-ce que je peux prendre en main ma vie et trouver une solution à mes problèmes? Oui/Non

 

Pour sortir de la co-dépendance et du cercle vicieux de la maladie, il faut mettre en œuvre des outils comparables à ceux destinés au malade lui-même:

  • s’informer sur les maladies de dépendance
  • reconnaître et vous avouez rien qu’à vous-même qu’il y a un problème que vous n’arrivez pas à résoudre, accepter le fait qu’il s’agit d’une maladie; faire un constat de l’impact de la maladie de votre partenaire sur votre propre santé physique et psychique, sur votre situation, sur votre bien-être, sur votre vie
  • en parler, de préférence avec une personne qui n’est pas directement concernée par les problèmes liés à la maladie du partenaire (p.ex: votre médecin, un spécialiste, psychiatre ou thérapeute, groupes d’entraide. Certains hôpitaux organisent des groupes de discussion pour partenaires et membres de famille de patients alcoolodépendants en traitement dans leurs services.)
  • trouver de l’aide professionnelle (pour vos problèmes et pour vous aider à mieux gérer votre relation au malade et les problèmes qui s’en suivent pour vous)
  • lâcher prise sur l’autre, sur des problèmes que vous ne pouvez pas résoudre, sur ce que votre vie ou la réalité “devraient être”…

Pour ce qui est de vos possibilités et moyens devant le malade:

  1. assurez en premier lieu votre propre sauvegarde et défendez vos propres intérêts légitimes;
  2. cessez d’aider le malade à rester dans son cercle vicieux et à ne rien changer;
  3. confrontez-le dans vos paroles et dans vos actes au fait qu’il est seul responsable de sa propre vie, qu’il doit assumer la responsabilité de ses propres actes et que finalement ce n’est que lui seul qui peut arrêter la maladie et prendre en main sa vie;
  4. refusez toutes discussions lorsque le malade est sous influence de la drogue;
  5. parler de vous, de vos sentiments, de votre souffrance, comment vous vivez la situation;
  6. restez à l’écoute sans faire appel à sa “force de caractère” ou “volonté”, mais également sans le confirmer dans son déni, sans l’encourager dans son système d’explication et sans négliger vos propres intérêts et limites;
  7. gardez à l’esprit qu’il s’agit d’une maladie, que vous n’en êtes ni la cause ni la solution, que ce n’est pas vous qui devez ni pouvez la guérir;
  8. informez-vous sur la maladie et encouragez le malade à chercher de l’aide professionnelle sans prendre des décisions ni faire des démarches à sa place.

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