Vivre Indépendant

Les réflexions ci-dessous ont été recueillies auprès d’associations d’entraide, médecins, spécialistes, thérapeutes, centres thérapeutiques, personnes malades et personnes de leur entourage. Elles se sont avérées utiles pour ceux qui ont réussi à se défaire des chaînes de la dépendance et seront complétées au fil des échanges qui auront lieu entre ama.lu a.s.b.l. et les différents acteurs dans le domaine du traitement des maladies de dépendance.

Devenir in-dépendant, d’alcool, de médicaments, de drogues, c’est en effet bien plus que de se débarasser de la servitude de la drogue: c’est réapprendre à vivre, c’est reconstruire, petit à petit, pas à pas, sa vie.

Il n’est pas si difficile que l’on ne pense en général de ne pas consommer. Avec l’aide de professionnels compétents, une désintoxication peut supprimer le besoin physique de consommer dans un temps assez court et interrompre le cercle vicieux de l’addiction.

Le véritable défi pour tout malade consiste à se refaire une vraie vie qui mérite ce nom, dans laquelle il n’y a ni place ni besoin pour l’abus de substances toxiques addictogènes, où le malade apprend à gérer les problèmes personnels et défis quotidiens avec d’autres outils que la drogue et à retrouver santé, bien-être et joie de vivre.

Acquérir ces outils et compétences est un apprentissage qui demande du temps, de la patience et de l’indulgence envers soi-même. C’est un travail quotidien sur soi-même et nos relations avec les autres qui nécessite dans certains cas une aide thérapeutique professionnelle.

Quelques-uns de ces outils sont réunis et décrits sur cette page. Vous en trouverez d’autres dans la littérature, dans l’échange avec d’autres personnes concernées dans les groupes de discussion et d’entraide, lors d’une thérapie ambulatoire ou stationnaire, dans les offres de centres de santé et de bien-être spécialisés (ex: ZithaGesondheetsZentrum), …et en vous accordant le temps de réfléchir sur votre vie, de prendre soin de vous et de trouver votre propre chemin.

Voir aussi: Programme d’activités ama.lu a.s.b.l.

Qualité de vie

“Pour moi, le facteur le plus important, c’est le gain en qualité de vie en menant une vie sans les contraintes d’une dépendance.

Et en vivant ma vie ainsi, je dispose des moyens financiers et du temps requis pour consacrer mes loisirs aux voyages lointains, sans devoir brader mon congé par tranches de demi-journées pour me refaire mes deux esprits…

Voilà: depuis lors je peux mener une vie remplie d’activités, mais en toute quiétude et presque sans soucis pour le reste. Et cette qualité de vie, je ne l’échangerai plus jamais – du moins je l’espère – contre une dépendance, quelle qu’elle soit.

Avouez tous: cela vaut bien le coup de rester “clean”. Pour moi, après 10 ans, c’est presque devenu un acquis social.”
— Lou

Tous ceux qui ont surmonté les difficultés d’une dépendance et ont pu se reconstruire une vie partagent cette conviction et cette expérience: le gain en qualité de vie sans la servitude d’une drogue est absolument extraordinaire.

La peur de perdre de nouveau cette qualité de vie est justifiée et elle peut être utile. Il n’y a pas de raison d’avoir peur d’une vie sans la drogue, mais bien toutes les raisons du monde d’avoir peur de la maladie et des conséquences néfastes de l’abus et de la dépendance.

“Pause alcool”

“Une vie sans alcool était pour moi inimaginable, et ceci même à un moment où ma vie était en danger… Je me suis alors accordé une “pause alcool”, qui était mon propre choix, et j’ai cherché de l’aide thérapeutique et médicale pour m’accompagner durant cette période difficile. Cela m’a permis de voir plus clair, et finalement d’aller beaucoup mieux, de tous les points de vue !”
–Pol

L’important d’abord

Beaucoup de malades sont confrontés à une série de problèmes et ne savent souvent pas par où commencer. D’autres qui ont retrouvé le chemin d’une vie sans la drogue perdent parfois de vue ce qui est essentiel.

Vivre indépendant c’est se rendre compte que la santé passe avant toutes choses: aussi importants et urgents que puissent être les autres problèmes qui demandent une solution, rien ne passe devant elle, et plus rien ne va sans elle.

Ré-Equilibre

“L’alcool, chez moi, a un rapport avec le stress, l’angoisse, l’anxiété et l’émotivité.
Autant les émotions sont gérables, elles peuvent être positives ou négatives. Mais même les négatives (exemple : un évènement difficile à digérer, un échec, un décès voire un meurtre) sont susceptibles d’être absorbées, surmontées. L’émotivité, elle, est l’impuissance à les surmonter. Quand l’alcool a pris le dessus, on peut oublier de maîtriser l’émotivité. Elle a pris la première place dans notre esprit. Je lui ai donné « involontairement » (du fait de l’absorption d’une boisson alcoolisée ou plusieurs) libre cours. C’est excitant au moment même, mais ca laisse un goût fort amer par la suite. J’écrivais des choses rapidement devenues incompréhensibles ou illisibles. Depuis quelques mois, à présent, je me réveille tous les jours en forme et me sens beaucoup plus sereine.”

–Simone

Accepter la maladie

Souffrir d’une maladie de dépendance n’est ni un choix, ni un vice, ni une question de volonté ou de force de caractère.

Durant les dernières décennies, de nombreuses recherches scientifiques se sont penchées sur les aspects neuro-biologiques et génétiques des maladies de dépendance; la preuve que les dépendances à l’alcool, aux médicaments et à d’autres drogues sont des maladies n’est plus à faire. Malgré cela, on ne peut pas nier qu’il existera probablement toujours de nombreux préjugés, clichés, malentendus et tabous liés à ces types de maladies, dûs à l’ambivalence plaisir/souffrance de la consommation de drogues d’une part, et au comportement des personnes sous influence ainsi qu’aux conséquences néfastes de la consommation de drogues d’autre part (déchéance, détériorations des relations avec autrui, agressivité, violence, accidents…). Dans ce contexte il est d’autant plus primordial de différencier entre perception de la maladie et origines, fonctionnement et traitement de celle-ci et de considérer les maladies de dépendance pour ce qu’elles sont: une maladie où ni culpabilisation ni appels à la volonté ou à la force de caractère ont leur place.

Les malades eux-mêmes se voient confrontés à des sentiments destructifs de culpabilité et de dévalorisation et croient souvent que la volonté et la force de caractère peuvent finalement “vaincre l’alcool” ou la drogue. C’est une illusion, un combat voué à l’échec.

Vivre indépendant c’est apprendre à accepter la maladie et à réorganiser sa vie en fonction des contraintes de celles-ci.

Je ne suis pas alcoolique

“Depuis que je ne consomme plus, je refuse d’être traité “d’alcoolo” ou d’injures pareilles et je ne me colle pas de telles étiquettes.

J’étais dépendant de l’alcool pendant de nombreuses années et j’en étais devenu malade à en mourir, mais aujourd’hui je ne suis plus ni dépendant ni malade d’alcool. Je ne me considère pas comme “alcoolique”.

Dans la thérapie on disait toujours “il n’y a pas de honte à être malade, il n’y que de la honte à ne rien faire”… .-) ”
–Marcel

Laisser derrière soi une période difficile de sa vie et partir vers de nouveaux horizons sans oublier les leçons du passé et la vulnérabilité à laquelle reste exposé tout ancien dépendant peut aussi être une question de terminologie.

“Nul n’est sa maladie”

Quand l’abus ou la dépendance envahissent la vie et touchent à tous ses aspects, le malade a l’impression de n’être plus rien d’autre qu’un “accros”, et souvent il est considéré comme tel par son entourage, sentiments de culpabilité et manque de confiance en soi d’un côté ainsi que préjugés et incompréhension de l’autre faisant le reste.

Pourtant toutes les personnes touchées par ces maladies sont aussi parents, enfants, frères ou sœurs, partenaires, collègues de travail, amis, voisins… ils ont un emploi, un métier, des compétences… ils ont une personnalité, une histoire, des projets et des rêves… ils ont des opinions, des idées, des sentiments, des émotions, des croyances, des convictions… ils sont bien plus que leur maladie – ou un étiquette pour la désigner !

Vivre indépendant c’est ne pas se réduire -et ne pas se laisser réduire- à la maladie. C’est au contraire se recentrer sur tout ce qui fait la personne et développer les aspects positifs de sa vie.

Un choix vital personnel

Dans le désarroi où se trouvent les malades et leur entourage, il est souvent fait appel aux bons sentiments du malade, à l’amour qu’il porte à ses proches, à son sens de responsabilité. Ces bonnes intentions ne sont d’aucun secours devant les maladies de dépendance: la maladie est plus forte que le malade.

Le désir et la décision de changer sa vie doivent être un choix personnel. Vivre indépendant, c’est avoir le désir de vivre, de reprendre en main sa vie et de regagner santé, dignité, autonomie et liberté. C’est regagner la maîtrise de sa vie dans la mesure où celle-ci dépend de nous.

Liberté

“Je suis quelqu’un qui a toujours aimé la liberté. Lorsque j’étais plus jeune j’ai cru que la drogue était l’expression même de ce désir de liberté. Quelle ironie! Elle m’a réduite à l’esclavage le plus humiliant que l’on puisse imaginer. Regagner ma liberté a été un chemin long et dur. Aujourd’hui j’ai la liberté dont j’avais toujours rêvé et j’espère que je ne la perdrai plus jamais.”
–Paule

Epreuve de force

Guérir d’une maladie de dépendance ne signifie pas se battre avec la drogue: c’est un combat perdu d’avance. C’est accepter la maladie, accepter le fait que la drogue et l’addiction sont plus fortes que la volonté, admettre la défaite et se rendre à l’évidence que la drogue a fait perdre tout contrôle sur la propre vie.

Vivre indépendant c’est arrêter de se battre, ce n’est pas un “je tiens le coup”, mais bien “Je vaux le coup !”

Ressources – “Empowerment”

Accepter la maladie et constater que l’abus et la dépendance ont fait perdre le contrôle de sa vie, ne veut pas dire se résigner au fatalisme et à l’inaction.

Vivre indépendant c’est réapprendre à mettre en œuvre les ressources dont chacun de nous dispose et apprendre de nouveaux outils pour mieux vivre avec la maladie.

Récupérer, Se ressourcer

Les maladies de dépendance épuisent toutes les ressources du malade, elles s’attaquent tant au psychisme qu’à la santé physique; il n’y a guère d’organes qui ne soient pas touchés par l’abus de drogues. Récupérer de ces maladies demande du temps et de la patience. L’abus de drogues peut également laisser des séquelles qui diminuent les facultés cognitives et la résistance au stress.

Vivre indépendant, c’est accepter qu’en tant que malade on est en période de convalescence et qu’il y a des choses que l’on ne peut plus faire. C’est s’accorder le repos nécessaire pour récupérer et guérir. C’est redécouvrir le plaisir dans la vie et la joie de vivre. C’est éviter le surménage et la fatigue. C’est se tourner de nouveau vers des activités qui font plaisir, et s’accorder des moments de bonheur.

Un pas après l’autre

“Broyer du noir” est une activité pour laquelle beaucoup de malades sont très doués. Se laisser envahir par la taille démesurée et le nombre de problèmes auxquels on semble devoir faire face constitue un réel danger pour la santé et peut conduire à la résignation et éventuellement à la rechute.

Vivre indépendant c’est de n’attaquer qu’un problème à la fois et ne pas brûler les étapes. C’est faire ce que l’on peut, mais aussi accepter que le résultat ne sera pas toujours tel que nous l’avons souhaité. C’est avoir conscience que rien n’est plus important que la santé, que sans elle aucun autre problème ne peut trouver une solution.

C’est aussi d’être “sainement égoïste”: ne pas essayer de porter sur les épaules tous les problèmes du monde, accepter le monde tel qu’il est et ne pas voir que le mauvais côté des choses.

Vivre indépendant c’est être patient, avec vous-même et avec ceux qui vous entourent. “Laisser le temps au temps”: Il faut parfois longtemps pour que les plaies guérissent. Accepter le fait que certaines ne guériront peut-être jamais, mais que l’on peut malgré cela vivre avec!

Écouter

Souvent les malades ne savent plus quels sont leurs véritables besoins, et parfois même leurs besoins les plus élémentaires.

Vivre indépendant c’est d’abord et surtout s’écouter soi-même, c’est réapprendre à écouter son corps, son esprit, ses émotions et sentiments. C’est faire attention à ses propres besoins, trouver de la clarté sur ses propres valeurs et convictions et ne pas se laisser dicter aveuglément celles (réelles ou présumées) d’autrui. C’est écouter son corps et ne pas se laisser envahir par la fatigue, le surménage, le stress, la colère, les ressentiments, les demandes de l’entourage. C’est écouter les signaux tels que la faim et la soif. C’est apprendre à identifier la solitude, l’isolement, les sentiments de rejet, les frustrations, et à chercher le dialogue, le partage et le contact. C’est se faire du bien et prendre plaisir aux bonnes choses de la vie.

Hercule

Beaucoup d’entre nous préfèrent résoudre seul tous leurs problèmes par peur d’avouer une faiblesse, par peur de se montrer vulnérable, par souci de préserver une image de force ou d’autorité, pour remplir “à la perfection” un certain rôle (de femme, d’homme, d’épouse ou d’époux, de mère ou de père, d’enfant, d’employé ou de supérieur hiérarchique…), par peur de perdre le “respect” d’autrui…

Vivre indépendant c’est partager avec d’autres et demander de l’aide lorsqu’on en a besoin. C’est apprendre à se confier et à faire confiance. C’est accepter nos limites, accepter qu’il y a des choses que nous ne pouvons pas faire ou ne pas faire seul, accepter aussi qu’il y a des choses que nous ne comprenons pas ou auxquelles nous ne pouvons rien changer. Plutôt qu’un aveu de faiblesse, cette attitude est un signe de maturité et une véritable force dans la dynamique de nos relations avec autrui. Descendre du piédestal de nos rôles, qui finalement coûtent énormément d’énergie et peuvent rendre très seul par la distance qui nous sépare des autres (et de nous-même!), ouvre la voie à une véritable communication avec nos semblables et à des rapports humains sincères et enrichissants.

Ne pas rester seul

La solitude, l’isolement, voire l’exclusion réelle ou vécue, finissent par gagner tous les malades dépendants. A la fin de leur parcours, toutes les relations avec autrui auront souffert et il ne reste parfois plus personne, ni famille, ni partenaire, ni collègues, ni connaissances ni amis.

Vivre indépendant c’est aller à la rencontre des autres. C’est demander de l’aide et chercher de l’aide professionnelle quand on en a besoin. C’est rechercher le contact avec des personnes qui ont vécu les mêmes expériences. C’est aller dans les groupes d’entraide. C’est renouer le contact et essayer de rétablir des relations de confiance avec ceux qui nous sont chers. C’est apprendre à demander pardon pour le tort causé. C’est avoir patience et laisser aux autres le temps de retrouver confiance.

Alimentation saine et équilibrée… + plaisir !

Quand tout tourne autour de la question du prochain verre, il ne reste que peu d’intérêt et de goût pour se soucier d’une alimentation saine. (Des gastrites, hépatites, pancréatites, nausées… peuvent couper l’appétit, les calories vides de l’alcool peuvent couper la faim, aussi l’alcool déshydrate le corps et l’abus chronique mène à des carences qui entrainent d’autres problèmes de santé, dont certains très graves et irréversibles).

Une alimentation saine et équilibrée est essentielle, non seulement pour regagner des forces, remédier à certaines carences et réparer les séquelles de l’abus, mais également pour retrouver l’équilibre psychique! De nombreuses études ont montré qu’une bonne alimentation a des effets bénéfiques sur notre état d’âme, augmente notre résistance au stress et rend moins vulnérable face aux dépressions, à l’anxiété et à d’autres troubles psychiques.

Vivre indépendant c’est prendre soin de sa santé et s’occuper activement de son bien-être physique et psychique. En prime d’une meilleure santé, bien manger, et pourquoi pas cuisiner, faire ses courses au marché, jardiner… peuvent procurer un grand plaisir !

Bouger pour SE sentir… mieux !

A l’instar du rôle de l’alimentation, une activité physique régulière améliore l’état de santé et permet de trouver un nouvel équilibre. Les malades alcoolo-dépendants perdent souvent le sentiment de leur propre corps, ignorent ses signaux d’alarme et souffrent parfois des séquelles physiques de l’abus.

Une activité physique permet non seulement d’améliorer la condition générale, mais des études ont montré qu’elle contribue également au bien-être psychique, rend moins vulnérable au stress et a un effet bénéfique sur certains problèmes et troubles psychiques tels que l’anxiété et la dépression. L’activité physique permet de redécouvrir le sentiment de son propre corps et augmente la confiance en soi.

Attention toutefois aux excès, ici aussi ! Surtout en début de traitement, lorsque les réserves du corps sont souvent épuisées et que des pratiques sportives violentes ou trop épuisantes peuvent faire plus de tort que de bien. Commencez par exemple par de courtes promenades régulières à l’air frais, ou par des exercices physiques doux mais réguliers, en suivant votre rythme et en écoutant votre corps et vos émotions. Parlez à votre médecin et demandez-lui conseil pour les activités physiques adaptées à votre situation et à votre état de santé.

Joie de vivre

“Pendant longtemps j’étais convaincu que le bonheur et la qualité de vie résident dans un bon verre, dans tel premier cru ou dans telle marque de Pastis. En fait je me suis menti à moi-même: je n’ai pas bu par convivialité mais pour estomper ma timidité et mes angoisses, je n’ai pas bu pour le goût mais parce que je ne pouvais pas faire autrement. Et suis avec cela passé à côté du bonheur… “Joie de vivre”, tu parles! Elle n’est certainement pas au fond de la bouteille, ni la qualité de vie, ni le bonheur.”
–Gérard

Être dans le vrai

Beaucoup d’entre nous présentent à d’autres une image qui ne correspond pas à leur véritable personnalité. Parce que nous nous plaisons dans un rôle ou dans l’image que nous renvoient les autres. Parce que nous voulons être respecté, apprécié, accepté, aimé. Parce que nous avons peur de ne pas correspondre à une norme, parce que nous avons peur de la critique ou du rejet. Parce que nous craignons de ne pas être “à la hauteur”, de ne pas être “assez bons”.

Vivre indépendant c’est être dans le vrai et ne pas essayer de préserver à tout prix une image qui ne correspond pas à nous-même.

Etre dans le vrai, c’est encore et surtout écouter ses véritables besoins, ses propres valeurs et convictions, ses propres sentiments, et non ce que d’autres peuvent attendre de nous. C’est être honnête envers soi-même et authentique dans les relations avec autrui. Nombreux sont ceux qui ont perdu la faculté élémentaire de tout être humain de s’écouter soi-même et d’exprimer ses propres besoins. C’est un apprentissage à (re-)faire, pas à pas.

“Connais-toi toi-même”

Pour beaucoup de malades la drogue est une forme d’auto-médication pour des problèmes psychiques dont l’origine remonte plus loin que la consommation de la drogue. Sous l’influence de la drogue la vision du monde qui nous entoure, mais aussi la vision de nous-même devient brouillée et faussée et il devient impossible de résoudre des problèmes plus profonds.

Depuis Socrate le “Connais-toi toi-même” est une des clefs du bien vivre. Vivre indépendant c’est aller à la découverte de soi-même et apprendre à gérer ses problèmes autrement que par la fuite dans la drogue. Vivre indépendant c’est découvrir l’être que nous sommes, avec ses points forts et ses points faibles, dans la certitude que c’est une découverte qui vaut d’être faite, et une vie qui vaut d’être vécue. Thérapies et groupes d’entraide peuvent être un premier pas dans la recherche de la connaissance de soi-même et dans l’apprentissage de nouveaux outils pour mieux vivre avec la maladie.

Se faire du bien

Souffrir d’une dépendance c’est aussi s’oublier soi-même, se dévaloriser, se culpabiliser, se punir, penser n’avoir plus droit à rien.

Vivre indépendant c’est se respecter et écouter ses besoins, se faire du bien, prendre plaisir, se récompenser pour les efforts et le travail accompli. Ou tout simplement parce que cela fait du bien! Cela peuvent être de “petits plaisirs”, un repas entre amis, un dessert ou un plat dont on raffole, un cadeau que l’on se fait à soi-même, un temps de ne rien faire du tout et de relaxer.

Respirer

Les malades ont souvent des sentiments de culpabilité et acceptent de répondre plus aisément aux demandes des autres qu’il ne leur fait du bien. Très souvent également les malades ont-ils pendant longtemps méconnu leurs propres besoins et limites et se sont épuisés à faire pour d’autres ce qu’ils n’ont pas su faire pour eux-mêmes.

Vivre indépendant c’est apprendre à dire non. C’est ne pas tout faire pour plaire, ou pour être accepté ou aimé. C’est avoir conscience de la responsabilité pour sa propre vie, mais aussi agir dans le savoir que les autres ont la même responsabilité pour la leur.

Si ce genre de problèmes vous est familier, dites une fois “Désolé mais je n’ai pas le temps” ou “Désolé cela ne m’intéresse pas” ou “Je ne suis pas de cet avis” ou “Désolé, mais je ne peux pas vous aider”. Ce n’est pas aussi difficile qu’il n’y paraît! Cela vous permettra aussi de trier un peu ceux qui vous aiment pour qui vous êtes et ceux qui ne disent vous aimer que pour ce que vous pouvez faire pour eux.

Respirez une fois! C’est d’ailleurs la seule chose qu’il faut absolument faire en cet instant pour vivre maintenant. Et prenez le temps de ne rien faire.

Parler

Les maladies de dépendance cachent souvent des blessures et souffrances plus profondes. Les malades se sentent incompris et évitent ou nient tout ce qui touche à leur mode de consommation, de peur souvent de se voir perdre la béquille qui leur a servi de soutien.

Vivre indépendant c’est réapprendre à dire quand ça va mal, réapprendre à se confier à d’autres. Dans les thérapies individuelles et dans thérapies de groupe, on peut faire ses premiers pas et réapprendre à parler de la souffrance. Dans les groupes d’entraide on peut rencontrer des femmes et des hommes qui ont fait des expériences semblables et qui comprennent et partagent leurs expériences.

Boîte à outils

“Ce qui est important pour moi, ce sont des petites choses en apparence très simples: faire attention à la fatigue et au surménage, faire attention à la faim et à la soif, à la solitude, ne pas monter et me laisser entrainer sur le manège de l’imagination et des sentiments négatifs dans ma tête. C’est ma petite boîte à outils… toute rudimentaire, mais j’ai dû apprendre ces choses, dans les groupes d’entraide d’ailleurs, et je dois m’y exercer tous les jours. Quand j’oublie ça fait mal. En tous cas ça marche pour moi.”
–Marie-Anne

Durant la période où on a consommé ainsi que lors du sevrage ou d’une thérapie on nous a dit probablement que notre corps souffrait d’un manque de vitamines B ou, en général, d’une mauvaise hygiène de vie.

Vivre indépendant c’est prendre en main tous les aspects de sa vie, notamment se faire du bien en prenant soin de choses en apparence élémentaires mais extrêmement importantes telles qu’une alimentation saine et équilibrée, boire suffisamment d’eau, bouger à l’air frais, s’accorder des moments de repos ainsi que suffisamment de sommeil.

+ + +

La consommation régulière et abusive d’alcool peut rendre dépressif. Aussi les difficultés liées à l’abus et à la dépendance ont un impact négatif sur l’estime de soi et la confiance en soi. Ne plus voir que le côté négatif des choses et broyer du noir est alors pour beaucoup et trop souvent à l’ordre du jour.

Vivre indépendant, c’est réapprendre à prendre conscience et apprécier à leur juste valeur les choses positives rencontrées durant la journée, à avoir une vue plus juste et plus équilibrée de la situation et de sa propre personne. (Noter p.ex. en quelques mots clés chaque jour deux trois expériences positives ainsi que sa propre contribution dans ces événements, peut aider à voir la vie avec d’autres yeux et avoir une influence positive sur le bien-être).

Gérer le stress autrement

Tout ce qui nous “stresse” met notre corps en situation d’alarme et peut déclencher des réactions ancestrales de fuite, d’attaque ou d’immobilisation accompagnées d’émotions désagréables (nervosité, agitation, confusion, anxiété). Plutôt que de tomber dans le piège des médicaments ou drogues, mieux vaut: -éliminer de sa vie les stressants dans la mesure du possible, -s’entrainer pour devenir moins vulnérable au stress et -apprendre des techniques pour mieux faire face.

Devenir indépendant c’est ne plus simplement subir, mais prendre en main sa vie et s’approprier des outils qui permettent de mieux gérer le stress. Exemple d’outils: activités sportives, autres activités récréationnelles qui permettent de se ressourcer, thérapies comportementales et cognitives, techniques de relaxation (exemples: Sophrologie/sophronisations, Training autogène, Mindfulness based stress reduction, méditation, yoga, Qi gong, Zazen…, ou toute autre méthode ou activité qui vous procure une sensation de calme, de relaxation, de paix intérieure et de bien-être).

Pour éviter de devenir victime de stress et de “burnout”, il est bon aussi de revoir ses attentes envers soi-même et envers les autres, de ne pas vouloir tout faire à la perfection, de ne pas être toujours disponible, de ne pas tout subir, de ne pas toujours vouloir tout et en même temps, de ne pas être pris dans une spirale de vouloir toujours plus, mais d’évaluer ses vrais besoins, de s’assurer une certaine autonomie et une liberté de décision et d’action dans le travail et dans la vie privée, de veiller à un équilibre entre donner et recevoir, de s’accorder des récompenses et des compensations valorisantes.

Parfois il faut chercher de l’aide professionnelle pour voir plus clair et pour prendre un nouveau départ sur d’autres bases et pour apprendre et s’approprier d’autres perspectives, attitudes et comportements.

Un monde à découvrir

L’alcool, comme toutes les drogues, trouble la vision, modifie la perception des choses, appauvrit nos sens, rétrécit le champs de vision et rend “aveugle”: pour le monde qui nous entoure, pour les êtres humains autour de nous, pour nos propres sentiments, pour la juste valeur des choses dans la vie.

Devenir indépendant c’est l’occasion de redécouvrir le monde et la vie: la beauté, les qualités des choses et des gens qui nous entourent, les plaisirs oubliés, les sensations assommées, les rêves, passions ou projets enterrés, les occupations qui donnent de la satisfaction, les choses petites et grandes qui nous font du bien, qui enrichissent notre vie.

A chacun de découvrir suivant sa personnalité, son histoire, selon ses goûts et affinités ce qui est bon et ce qui fait du bien, que ce soit cultiver un jardin, se promener avec son chien, roupiller avec les chats, aller à la pêche, faire des randonnées aux confins du monde, lire des romans à cinq sous… Notez une fois sur une feuille de papier les choses que vous aimez et qui vous font plaisir!

Aimer

“J’avais perdu le goût à la vie, je n’en attendais plus rien, ni de personne ni de moi-même d’ailleurs. Je m’avais abandonnée. J’ai dû apprendre à m’accepter, à prendre soin de moi, à me redonner le droit à la vie, à me prendre en main, à m’estimer, à me comprendre un peu mieux et à m’aimer telle que je suis. Maintenant je ne m’accroche plus à la drogue, mais à ma petite vie, et j’y tiens!”
–Joëlle Jo

C’est aujourd’hui que ça se passe

Nous ne pouvons pas changer le passé ni savoir ce qui sera demain.

Vivre indépendant, c’est vivre aujourd’hui. C’est ne pas passer ses journées à pleurer le passé ni à craindre l’avenir, mais faire le meilleur du temps présent. “A chaque jour suffit sa peine”: ne pas se laisser envahir par les soucis, par les remords, par la peur. C’est profiter du présent avec tous les sens, vivre!

La pluie et le beau temps

Lorsqu’on consomme de l’alcool ou des drogues, on recherche un certain effet et on est habitué à ce que celui-ci s’installe tout de suite, comme si on pouvait pousser un bouton pour se sentir mieux, et on voudrait que cet effet dure toujours…

La vie a la fâcheuse habitude de ne pas toujours être rose. Le bonheur ne se trouve pas en comprimés ni en quarts de rosé et le ciel n’est pas bleu tous les jours.

Vivre indépendant, c’est accepter qu’il y a de bons moments et de moins bons moments dans la vie. C’est également se pencher sur les moments difficiles et les sentiments plus pénibles pour peut-être se remettre en question et éventuellement corriger le tir.

Doucement… Personne n’est parfait!

Lorsqu’on se remet d’une maladie de dépendance, on voudrait tout faire mieux, tout faire à la fois, tout faire à la perfection, ne plus rien avoir à se reprocher… Et on finit par en faire trop, par aller au-delà de ses forces, par s’épuiser.

Vivre indépendant, c’est y aller doucement. Ne pas attendre trop ni de soi-même ni des autres, faire ce que l’on peut mais accepter que rien n’est parfait, que nous avons tous nos limites et nos points forts et points faibles. C’est avoir de la patience et montrer de l’indulgence envers soi et les autres.

Attention… Bonheur !-)

Beaucoup de malades témoignent que ce sont moins les moments difficiles qui ont fait naître en eux l’idée ou l’envie de consommer à nouveau que les moments de bien-être, d’exaltation et de bonheur.

Ce qui semble paradoxe à première vue peut s’expliquer par une certaine insouciance dès que le malade va mieux, mais ce phénomène peut également trouver son explication dans le fait que notre corps produit ses propres “molécules du bonheur” (endorphines, sėrotonine, dopamine et autres) et que ce système hormonal est déréglé chez les malades dépendants. L’action naturelle de ces substances dans le cerveau déclencherait chez eux la vieille “machinerie” neurochimique de l’addiction. La bonne nouvelle : avec de la patience, l’aide d’un bon médecin et un mode de vie plus sain, votre corps pourra se rééquilibrer et reprendre la production naturelle de ces substances vitales. Et cela sans effets secondaires indésirables !-)

“Attention… Bonheur!” est donc d’abord une invitation aux malades de rester vigilants et d’écouter les signaux de leur corps. Mais “Attention… Bonheur!” se veut également un clin d’œil à tous les lecteurs de ce site:

C’est la conviction de tous les malades qui ont réussi à se défaire des servitudes de la dépendance que le bonheur se trouve sur la route de la guérison.

Vivre indépendant, c’est s’accorder le droit au bonheur et se mettre à la recherche de celui-ci aujourd’hui.


Pour tous renseignements supplémentaires: info @ ama.lu
Tél: 26 78 28 58